Bloquer des vidéos de meurtres ou d’attentats avant que des millions d’internautes ne les voient. Vingt-six pays et géants du Web ont rallié mercredi dernier « l’appel de Christchurch » contre les contenus en ligne « terroristes et extrémistes violents », deux mois après la diffusion en direct sur Facebook de l’attaque contre des mosquées qui avait fait plus de 50 morts en Nouvelle-Zélande, a annoncé l’Elysée.

Par cet appel, lancé par la Première ministre néo-zélandaise Jacinda Arden et Emmanuel Macron, les plateformes Internet, dont les leaders Facebook (et ses filiales WhatsApp et Instagram) ainsi que Google et sa filiale YouTube, s’engagent à prévenir la diffusion de ces contenus, y compris par « leur retrait immédiat et permanent », précise l’appel. Il s’agit d’une démarche volontaire – et pas d’une nouvelle loi – dans le respect des « libertés fondamentales » avec des procédures d’appel en cas de contestation.

Le grand absent, ce sont les Etats-Unis. « Bien que les Etats-Unis ne soient pas actuellement dans une position de se joindre à l’adhésion, nous continuons de soutenir les objectifs généraux représentés » par « l’Appel de Christchurch », a indiqué la Maison Blanche.

Selon le Washington Post, des officiels américains ont fait part de leurs craintes qu’une telle initiative puisse entraîner des dérives la liberté d’expression, la pierre angulaire du premier amendement. La modération de la haine est un sujet particulièrement sensible outre-Atlantique. Alors que Facebook et Twitter ont fini par bannir plusieurs figures d’extrême droite, les élus républicains accusent les Gafa de censurer les voix conservatrices.

L’attentat de Christchurch a été diffusé sur Facebook Live pendant 17 minutes. Selon Facebook, environ 200 personnes ont vu la vidéo en direct, puis 4.000 ensuite, avant que les premiers signalements n’interviennent 12 minutes après la fin de la diffusion. L’entreprise a indiqué avoir bloqué 1,5 million de vidéos de l’attaque, dont 1,2 million lors de l’upload.

Cela fait donc 300.000 vidéos qui sont passées au travers des mailles. Combien de personnes ont vu les images ? Facebook garde le chiffre secret, mais avec l’autoplay, il se compte sans doute en millions. De son côté, YouTube a indiqué qu’il y avait eu jusqu’à un upload par seconde.

La technologie permet de réaliser un « fingerprinting » de la vidéo originale et de la repérer facilement comme pour la lutte contre le piratage. Le problème intervient quand des internautes diffusent des extraits modifiés, avec des images ou des graphiques ajoutés, qui peuvent tromper les algorithmes. Les géants du Web s’appuient de plus en plus sur l’intelligence artificielle, mais ils ont encore besoin de milliers de modérateurs humains pour trancher les cas difficiles.

AFP