L’expert économiste et consultant en business development, Abderrahmane Hadef, évoque dans cet entretien les raisons du retard qu’a pris le développement du numérique en Algérie qui continue d’occuper les dernières places dans les classements annuels établis par des organismes spécialisés.

Il aborde aussi d’autres sujets tels que la formation du personnel algérien, les retombées du numérique sur plusieurs secteurs dont l’économie.

Pouvez-vous lister les raisons du retard qu’a pris le développement du numérique en Algérie ?

À mon avis, il existe trois contraintes majeures qui retardent le développement du numérique ou plutôt la transformation numérique en Algérie.

La première est liée au facteur humain à travers une forte résistance au changement qui est vue par certaines personnes comme une menace pour la situation de confort dans laquelle se trouvent. La deuxième est d’ordre législatif avec une réglementation peu encourageante.

Pour la troisième raison, elle est d’ordre technique avec une infrastructure  moyenne à l’image de la qualité de l’Internet et de stockage.

À cela il faut ajouter un manque en ressources humaines qualifiée malgré l’existence d’une population active dans ce domaine mais qui n’a pas atteint la taille critique pour permettre un développement réel du digital.

À cet effet, il faut reconnaitre l’engagement ainsi que l’énorme travail entrepris, ces derniers temps, par les acteurs du numérique en se mobilisant pour faire avancer les choses sur le terrain malgré toutes les difficultés qu’ils rencontrent au quotidien.

Sans oublier la qualité du système de formation qui se retrouve complètement dépassé par l’évolution du monde du numérique.

Qu’en est-il du paiement électronique et mobile ?

Malheureusement l’Algérie accuse du retard en ce qui concerne l’évolution des systèmes financier et bancaire qui sont directement dépendant du développement technologique plus particulièrement dans le domaine du IT.

Ce retard a influencé négativement sur le développement des services de paiement en ligne tel que le Mobil paiement. À cela il faut ajouter le faible taux de bancarisation de la population algérienne qui ne dépasserait pas les 30% selon certaines statistiques.

Une situation qui devient inacceptable avec l’émergence d’une industrie financière mondiale et l’avènement de la FinTech qui est en train de révolutionner tous les systèmes bancaires à travers le monde.

Que proposez-vous comme solutions ou pistes qui peuvent permettre à l’Algérie de rattraper le retard et accélérer la numérisation et la généralisation des TIC ?

Aujourd’hui, la transformation numérique est un impératif et non un choix. Pour cela, il est urgent de mettre en place toutes les conditions permettant une accélération de cette transformation, à commencer par la révision du cadre réglementaire pour permettre l’émergence d’une vraie industrie du numérique qui serait un préalable pour la transformation industrielle de l’Algérie pour passer vers la quatrième révolution industrielle (4.0).

En deuxième lieu, il s’agit de l’aspect formation ; je pense qu’il est très important de créer ou de réhabiliter les pôles d’excellence technologique, à l’instar de celui qui existait dans la ville de Boumerdes durant les années 70 jusqu’au années 90, avec des instituts comme l’INELEC, l’INGM, l’IAP etc…  des instituts créés en partenariats avec des grandes universités aux USA, en Europe et qui ont formé de grandes compétences faisant le bonheur des grands laboratoires comme ceux de MOTOROLA, INTEL et bien d’autres.

Un autre point à mon sens est important pour rattraper le retard enregistré dans le domaine numérique. Il consiste à encourager l’investissement dans les projets d’infrastructures tels que les Datacenters, les ISP et le Cloud.

Il faut aussi mettre en place une politique d’ouverture sur l’international pour une intégration graduelle dans la chaine de valeurs mondiale à travers la recherche d’alliance avec les Majors dans le domaine du TIC.

À cet effet, il est intéressant de prendre l’exemple de certains pays africains qui accusaient plus de retard que l’Algérie et qui sont en train de le rattraper par des alliances stratégiques fortement intéressantes.

On citera à titre d’exemple le Kenya, l’Ethiopie et l’Afrique du Sud qui ont fait des avancées significatives dans la transition digitale.

Si le numérique est développé en Algérie à un niveau appréciable, qu’elles seront les retombées pour l’économie et les autres secteurs ?

La transformation numérique va sans nul doute avoir un retour plus que positif sur l’économie algérienne. Le développement d’une industrie du numérique est l’un des axes stratégiques pour la diversification de l’économie nationale.

C’est ce qui va permettre l’émergence d’une économie de la connaissance à fort potentiel de création de valeur ajoutée. Il faut savoir que plus de 60% de la valeur ajoutée créée à travers le monde provient de l’économie du savoir.

Aussi, il est à noter que le secteur du numérique pourrait devenir à terme une source de service exportable, ce qui va permettre de participer fortement à l’équilibre de la balance commerciale.

Deux équipes d’étudiants algériens ont décroché récemment la première place au concours mondial de Huawei, spécialisé dans le domaine des Technologies de l’Information et des Télécommunications (TIC), que signifie pour vous cette distinction ?

C’est une excellente consécration pour nos jeunes étudiants qui ont eu l‘occasion par le biais du Groupe HUAWEI de prendre part à ce concours et se confronter aux jeunes du monde de la TIC.

Au-delà de l’aspect Prix, il faut retenir l’opportunité d’avoir le contact avec leurs vis-à-vis du monde entier.

Une occasion de faire du networking et de s’évaluer pour encore s’améliorer plus. Aussi, il s’agit d’un challenge qui va devenir une ambition pour le reste des jeunes étudiants.

À cet effet, il faut bien féliciter le GROUPE HUAWEI pour cette initiative au profit des jeunes compétences.

Que pensez-vous des programmes de formation qu’assure Huawei aux étudiants et aux jeunes talents algériens ?

Je pense que le Groupe HUAWEI a inscrit son implantation en Algérie sur le long terme et a mis en place une vision permettant de travailler sur un axe des plus importants qui est la Ressources Humaines.

Un objectif qui commence à prendre forme à travers les différentes actions lancées par HUAWEI, entre autres, le programme de formation au profit des jeunes talents.

J’espère que cette coopération va s’étendre sur d’autres domaines pouvant créer les conditions d’un partenariat privilégié.

Un partenariat qui permettra sans nul doute de rattraper qualitativement le retard enregistré dans le développement du Numérique.