Le service de vidéoconférence envoie des données de ses utilisateurs à la firme de Mark Zuckerberg, même en l’absence d’un compte sur le réseau social.

L’adoption de Zoom s’est répandue au fil des mesures de confinement imposées dans les pays touchés par le Covid-19. Gratuite dans sa version de base, l’app de visiophonie est devenue la chouchou des travailleurs à distance. On l’utilise pour discuter avec des membres de la famille, des amis, des collègues, des camarades de classe, des profs ou encore des clients. Même des pompes funèbres y ont recours à l’exemple de «Himmelblau», qui diffuse en Autriche les funérailles.

Zoom a su se rendre populaire grâce aux recommandations de ses utilisateurs et des touches originales comme l’option de télécharger une photo ou une vidéo pour créer un arrière-plan virtuel, repris récemment par Microsoft dans son outil de communication professionnel Teams.

Transparence lacunaire

Mais la transparence de Zoom sur la gestion des données fait débat. On reproche à la start-up californienne de passer sous silence ses liens avec Facebook. L’application iOS de Zoom pour l’iPhone envoie en effet des données d’analyse à la firme de Mark Zuckerberg, même si les utilisateurs de Zoom n’ont pas de compte Facebook, a révélé Motherboard (Vice Media). Will Strafach, un chercheur d’iOS et fondateur de l’application Guardian, spécialisée sur la protection de la vie privée, a confirmé les conclusions.

Ce type de transfert est cependant courant pour les applications comme Zoom qui utilisent le kit de développement logiciel de Facebook pour implémenter plus facilement leurs fonctionnalités. Mais selon les défenseurs de la protection des données, cela ne dispense pas pour autant Zoom d’en faire explicitement mention pour que les utilisateurs en soient conscients au moment de choisir s’ils veulent utiliser ou non le service. «C’est choquant. Il n’y a rien dans la politique de confidentialité qui traite de cela», s’est offusqué sur Twitter Pat Walshe, un activiste de Privacy Matters qui a analysé la politique de confidentialité de Zoom.

Confidentialité douteuse

L’application Zoom informe notamment Facebook lorsque l’utilisateur ouvre l’application, fournit des détails sur l’appareil de l’utilisateur tels que le modèle, le fuseau horaire et la ville à partir de laquelle il se connecte, l’opérateur téléphonique qu’il utilise, et un identifiant publicitaire unique créé par l’appareil de l’utilisateur que des entreprises peuvent ensuite cibler pour des messages publicitaires. Il n’y a par contre aucune preuve directe de partage de données sensibles dans les versions actuelles, selon les analyses.

De son côté, Facebook dit exiger explicitement des développeurs qu’ils soient transparents avec les utilisateurs sur les données que leurs applications lui envoient

La politique de confidentialité de Zoom indique que «nos fournisseurs de services tiers et nos partenaires publicitaires (par exemple, Google Ads et Google Analytics) collectent automatiquement certaines informations vous concernant lorsque vous utilisez nos produits», mais ne lie pas ce type d’activité à Facebook en particulier.

Par ailleurs, l’application Zoom présenterait de sérieuses failles de confidentialité. Les administrateurs peuvent par exemple voir l’adresse IP, les données de localisation et les informations sur les appareils de chaque participant.

Devenue un verbe

Fondée par Eric Yuan, un Américain d’origine chinoise âgé de 50 ans, Zoom défie les grands noms de l’informatique comme Microsoft (applications Teams et Skype). La valorisation boursière de la firme basée à San José avoisine les 40 milliards de francs, soit le double de Twitter à titre de comparaison. Elle avait fait son entrée en bourse il y a juste un an. «C’est intéressant de voir à quelle vitesse c’est devenu un verbe dans la Silicon Valley», a résumé Jonathan Heiliger, un associé de la société d’investissement Vertex Ventures.

Source : 20min.ch