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Dans cet entretien, l’expert en TIC et monétique et président du cabinet conseil Algeria Advice Consulting UK, Adel Abderrahmane Khalef, a détaillé les raisons du retard qu’a pris le développement numérique en Algérie et l’absence des MVNO (opérateurs de réseau mobile virtuel).

Khalef a également fait une lecture sur l’opération de la vente par Veon de ses parts qu’elle déteint au sein de Djezzy à l’État algérien.

Il a répondu aussi aux questions sur l’apport de la 5G à l’économie nationale et les solutions possibles permettant d’augmenter significativement le débit internet.

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Le secteur du numérique et des nouvelles technologiques peine à se développer en Algérie, pourquoi tout ce retard selon vous ?

Notre pays effectivement traîne dans ce secteur essentiellement à cause du facteur humain, le facteur confiance en les jeunes et experts locaux que nous délaissons et qui pourtant n’ont rien à envier aux experts internationaux.

En même temps, nous laissons en poste des gens moyens en connaissances et compétences et nous leur donnons un pouvoir de décision.

Ils engagent leurs entreprises à des partenariats infructueux, à des coûts exorbitants pour des objectifs non importants, surtout dans le domaine de la monétique et des TIC.

L’homme qu’il faut à la place qu’il faut doit vite devenir la règle, le critère cardinal, sinon la saignée continuera.

C’est le cas pour aussi le paiement en ligne…

Comme je l’ai mentionné, ceci concerne la monétique, nous sommes en 2021, l’Algérie parle toujours du lancement du paiement par carte, là ou ailleurs la carte a déjà disparu, le retard est abyssal, encore une fois ceci est dû au facteur humain.

En même temps, nous avons tous les ingrédients techniques pour lancer cela, il y’a le marché, l’outil, et quelques banques capables de suivre, hélas, l’échec se situe dans l’incompréhension du marché, tout est basé sur l’homme, l’utilisateur, le peuple, c’est un travail psychologique que les gens en postes en Algérie n’ont pas su détecter.

Psychologiquement, le citoyen algérien n’a pas été bien préparé, mal informé et non atteint.

L’Algérien a adopté le téléphone portable depuis 2001, il a adopté la carte de recharge, mais il n’adopte pas la carte de paiement, ni Mobile banking/ payment

Pourquoi ? ceci a des raisons, c’est parce que l’Algérien ne fait pas confiance à la dématérialisation du cash, le cash dans sa forme fiduciaire qui est ancré dans sa tête comme synonyme de sécurité, de possession d’avoirs, le toucher, le sentir prêt de soi, le manipuler physiquement procure à l’Algérien le sentiment de sécurité que la carte ou le mobile ne lui procure pas, c’est là que se situe l’échec.

Le manque de savoir-faire et de maîtrise mentale du marché. Qu’il soit client ou commerçant, le citoyen algérien n’a pas été préparé et bien informé sur l’idée de la monétique.

A cet effet, la réforme du system bancaire et son association avec les services est l’une des armes lourdes pour régler le problème de l’argent de l’informel, ceci est le cauchemar de l’État aujourd’hui, à savoir comment attirer ces fonds dans le secteur bancaire qui représentent selon moi entre 20 et 30 milliard de dollars USD.

L’une des solutions c’est la fintech, il est impératif d’exploiter les 45 millions de smartphones en circulation en Algérie, ceci est un réseau énorme qui permettra d’exécuter beaucoup d’opérations bancaires, tout type d’achats, paiements et transferts WTC.

La technologie de la fintech existe depuis des années, elle est très simple et basique à développer et à implémenter, il suffit juste que la Banque d’Algérie apporte un cadre juridique à cela et donner des agréments pour le droit de posséder une banque en ligne.

Ceci est très facile à faire et ça permettra de mettre la main sur une très importante masse financière qui aujourd’hui est hors du circuit bancaire, ce n’est certainement pas avec la banque islamique que l’État réglera le problème, loin de là.

Mais c’est surtout avec les services et donc les paiements qui pourront être générés et exécutés via les fintech.

Les Algériens aujourd’hui exploitent leurs smartphones à 50%, avec l’application d’une fintech, nous allons permettre aux Algérien d’exploiter, gérer et contrôler leurs avoirs depuis leurs smartphones, ainsi l’État aura une traçabilité précise des sommes importantes qui ne sont pas actuellement dans le circuit bancaire.

Aujourd’hui, il faut oublier d’attirer le citoyen algérien vers la banque pour y déposer ses fonds, il faut plutôt envoyer la banque vers lui, c’est cela le travail psychologique pour changer les habitudes.

En Algérie, la SATIM (Société d’automatisation des transactions interbancaires et de monétique), le GIE (Groupement d’Intérêt Economique) etc, se sont tous obstinés à vouloir généralement distribuer les cartes CIB, les TPE, les DAB/ GAB etc, mais hélas le vrai chantier est ailleurs, voilà ce qu’ils n’ont jamais compris, et le résultat : notre marché connait aujourd’hui un échec total.

La réussite de la monétique ce n’est pas en émettant une carte CIB et faire un retrait sans un GAB, dire que la monétique en Algérie est lancée. La monétique c’est quand le citoyen algérien oublie quelle est la couleur des billets de banques de son pays.

Pourquoi l’Algérie ne dispose pas encore de MVNO (opérateurs de réseau mobile virtuel) ?

Ceci est une excellente question-clé. Le MVNO signifie Mobile Virtual Network Operator, c’est ce que l’Algérie aurait dû lancé depuis dix années déjà, le projet dort toujours au ministère des TIC.

Le leader mondial dans ce domaine est le britannique Lycamobile avec qui j’ai longtemps travaillé moi-même pour lancer les MVNO en Algérie, en partenariat avec une société privée algérienne, mais hélas, l’État n’a pas encore ouvert ce secteur stratégique qui va relancer et re-dynamiser le secteur de la téléphonie mobile en Algérie.

Les MVNO vont créer de nouveaux produits, de la concurrence rude entre les opérateurs, de la richesse, des emplois et de la recette pour le trésor public.

Les MVNO vont permettre à l’Algérie de diversifier son répertoire des services et ouvrir une nouvelle page des TIC dans le pays.

Le Projet MVNO était encore bloqué en 2016 et 2017. Mes partenaires britanniques étaient prêts à investir en Algérie, mais ils ont trouvé toutes les portes fermées.

J’espère que ceci va vite changer pour l’intérêt du client algérien et du trésor public qui, plus que jamais aujourd’hui, a besoin de multiplier ses sources en termes de recettes. Les MVNO en est une source de richesse énorme.

Veon a annoncé avoir vendu ses parts qu’elle détient au sein de Djezzy à l’État algérien, un commentaire sur cette transaction ?  Et pourquoi la multinationale néerlandaise a choisi de partir ?

Sincèrement, je pense que ceci est une belle opportunité pour l’Algérie, posséder deux opérateurs publics a ses avantages mais y a aussi des inconvénients.

D’abord, cette histoire depuis le départ fut un énorme bluff de Nagib Sawaris à l’époque qui avait estimé sa filiale algérienne de OTH donc Djezzy à $ 7.9 milliards USD, alors que son propre holding OTH en Égypte était évalué à près de $ 3 milliards USD.

Ensuite, il y’a eu le deuxième bluff des Russes Vimpelcom qui croulait sous des dettes énormes et dont l’expansion à l’internationale lui était trop coûteuse, donc ils ont jeté l’éponge en épongeant, si j’ose dire ainsi, leur pertes grâce à l’Algérie, une aubaine pour eux.

Il y’a eu beaucoup d’eau qui a coulé sous les ponts dans ce feuilleton, et aujourd’hui je pense que Veon est entrain de traîner un poids qui commence à peser sur leur groupe.

Personnellement, je préconise que l’Algérie rachète ces parts à Veon et ouvre la porte à un opérateur britannique comme Vodafone pour venir s’investir en Algérie, ceci permettra une acquisition de l’énorme expérience des Anglais très intéressés pour notre pays.

Avec Vodafone, djezzy ira plus fort dans l’exploitation et la généralisation de la 5G et, en même temps, ouvrir la porte à un MVNO qui viendra ensuite renforcer le marché.

Il y’a beaucoup d’opportunités à saisir ici dans la mesure où l’Algérie fera appel à des professionnels du secteur qui seront pilotes de cette acquisition et exploitation du projet, sinon si c’est pour garder l’opérateur totalement public, ça ne sert à rien, djezzy sera une perte énorme qui deviendra une épave.

Le départ des Néerlandais est purement une décision interne à eux vis-à-vis de leur stratégie et projets du futur, leur actionnaires et membres du conseil ont décidé de redistribuer les cartes et vu que l’Algérie pour le moment en téléphonie mobile n’est pas un marché en pleine croissance ou expansion, Veon a décidé par conséquent d’aller voir ailleurs ou l’herbe est plus verte.

Ceci étant dit, attention, pour moi, ce départ est une mauvaise décision de Veon, car le marché de la téléphonie mobile algérien n’a pas encore connu son deuxième souffle ; nous somme un mass market, donc un marché de masse où on peut encore crée de la demande.

Je suis certain qu’à moyen et long terme, Veon regrettera sa décision de partir, ceci est une belle opportunité pour l’Algérie uniquement dans la mesure où l’État ouvre les portes et se montre flexible à offrir une Algérie attractive et prometteuse aux investisseurs étrangers.

Il faut absolument combler le départ de Veon avec un grand opérateur international, personnellement, je ne vois pas un meilleur partenaire que Vodafone pour remplacer Veon.

Quel rôle pour la technologie 5G dans la croissance économique algérienne ?

Les TIC, c’est la nouvelle révolution industrielle, le levier de croissance économique par excellence, la 5G va contribuer à l’économie mondiale de prêt de 10 à 13 trillions de dollars USD dans les dix prochaines années.

La 5G c’est pure irrigation des échanges économiques à l’international, les industries manufacturières, le secteur des finances et assurances, le secteur des transports, l’informatique et la télécommunication et tant d’autres.

La 5G est un boost turbo compresseur de l’économie et par conséquent l’Algérie a bien intérêt de se préparer à armer son marché dans la cinquième génération.

L’économie algérienne est très dépendante des revenus des hydrocarbures, les services pourront-ils apporter de la valeur ajoutée ?

Absolument, quand vous avez un marché qui s’y prête mentalement et techniquement, les services seront un mode de consommation majeur, quotidien et en pleine croissance.

L’Algérie possède un marché d’utilisateurs de près de 45 millions de smartphones, ceci signifie un parc de consommation qui va générer des milliards de dollars en 3 à 5 années et c’est tout bénéfique pour le Trésor public.

La qualité de la connexion internet continue d’irriter les utilisateurs et l’Algérie est souvent mal classée dans ce secteur, pouvez-vous proposer des solutions pour remédier à cette situation ?

Il faut créer immédiatement de nouveaux ISP (Internet service provider) d’autant que Algérie Telecom est dépassé. Il faut booster le marché, créer de la concurrence rude entre les opérateurs, diversifier les offres et offrir plus de choix au consommateur algérien.

Il n’est pas normal qu’en 2021, en Algérie, il existe encore des entreprises publiques qui ont le monopole du marché, qui ne possèdent pas les ressources humaines à la hauteur, et se retrouvent même endettées, c’est incroyable, c’est du jamais vu.

Il faut absolument que l’Algérie ouvre les portes aux investisseurs privés locaux et internationaux, développer les secteurs comme l’énergie.

Sonelgaz devrait, par exemple, passer à l’électricité prépayée pour restructurer ses produits et doper ses finances, elle doit recouvrer ses pertes énormes causées par les non payeurs.

Dans un marché comme l’Algérie, il doit y exister au moins trois fournisseurs d’énergie électrique pour créer de la concurrence, de l’emploi et des recettes pour le Trésor public.

Il faut ouvrir aussi le secteur des finances et permettre aux privés de créer de nouveaux processing-centres / switch pour les banques ; ce n’est pas normal que la SATIM soit encore la seule qui détient le monopole du marché, alors qu’elle peine à générer de l’argent dans un marché en or, c’est incroyable !

Il faut aussi ouvrir le secteur des transports ferroviaires ; ça va créer plus de lignes, plus de choix et donc plus de services, ça va pousser la SNTF à améliorer ses services.

L’ouverture du marché et sa diversification est une des bases principales pour lancer et oxygéner l’économie nationale.

Dans un marché, il faut créer de la concurrence féroce pour créer la qualité et par conséquent, de la richesse, ainsi est ma devise. Le monopole du marché doit cesser immédiatement.

Pour finir, je préconise de lancer un projet de plateforme de paiement nationale 100 % algérienne ; un projet qui m’est très cher, à savoir une application de paiement nationale DZPAYE, elle sera téléchargeable depuis AppStore ou Googleplay Store et qui renforcera la CIB, cette application sera plus puissante que la CIB avec laquelle elle coopéra.

L’application de paiement DZPAYE sera l’emblème national des paiements électroniques. Là, il y aura un énorme gain pour tous les acteurs, le chantier TIC en Algérie est énorme, ceci à cause de son retard.

Lire aussi : Entretien. Retard dans le développement du paiement électronique : Les raisons détaillées par l’expert Adel Abderrahmane Khalef

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