Dans cet entretien accordé à ntic-dz.com, l’expert en cybersécurité et conseiller en stratégie de la sécurité de l’information, Karim Khelouiati, explique comment le géant chinois Huawei, leader mondial des technologies numériques et de la 5G, s’est retrouvé au cœur du conflit opposant les États-Unis à la Chine.

Il explique également comment les USA ont exploité les supposés risques des équipements fabriqués par Huawei pour faire pression sur la Chine.

Ntic-dz : La 5G et la sécurité des données ont déclenché une guerre « non dite » entre les USA et la Chine. Comment expliquez-vous cela ?

Karim Khelouiati : Oui, depuis quelques temps, les attaques et les contre-attaques entre les USA et la Chine ne cessent de s’agrandir. Mais ce n’est ni la 5G ni la sécurité des données qui sont à l’origine de ce conflit.

C’est purement politique et c’est un problème de leadership mondial. Les USA ont peur de perdre leur souveraineté technique que Huawei a commencé à changer depuis plusieurs années.

Les USA attaquent et utilisent leur pouvoir pour la première fois dans l’histoire contre Huawei, leader mondial des TIC et de la 5G car ils ont peur de perdre le contrôle du monde des technologies.

Ce géant chinois a changé la donne en élevant très haut la barre du développement des TIC. Les USA, n’ont, aujourd’hui, aucune société qui maîtrise les technologies avancées notamment dans le domaine de la 5G.

Les États-Unis ne peuvent pas faire pression sur le réseau internet, puisque la Chine ne consomme que 20 %, puisqu’elle à son propre internet.

Et espérant que les USA ne feront pas comme pendant la guerre d’Irak en bloquant le nom de domaine national .iq via l’ICAAN puisque c’est les USA qui contrôlent les serveurs racines d’internet.

En voyant cette hégémonie technologique on se demande si nous n’allons pas droit vers un splinternet (Internet divisé) ?

D’après ce que vous dites, Huawei n’est qu’un moyen pour faire des pressions sur la Chine ?

Oui effectivement, les USA font des pressions non seulement sur Huawei mais aussi sur plusieurs fournisseurs télécom en l’occurrence TIKTOK et DJI Drone et d’autres compagnies chinoises très avancées dans les technologies pour pousser l’État chinois à négocier le nouvel ordre mondial.

Les USA qui contrôlaient le monde depuis des décennies à l’aide de ses fameux géants GAFAM, accusent la Chine d’espionner le monde via ses entreprises à l’image de Huawei. Mais à vrai dire ces fameux GAFAM sont les véritables espions au profit des USA. Ces derniers sont connus par leurs activités très douteuses.

Quand un État s’attaque à une société ce n’est ni normal ni logique. Les USA ont une stratégie qui consiste à détruire et ensuite racheter les entreprises et les multinationales très avancées et c’est le cas du géant français Alstom.

Mais les USA accusent Huawei de travailler avec l’État chinois et de transférer des données des États illégalement. Comment expliquez-vous cela ?

Ce que je peux redire encore sur ce sujet, c’est que le plus grand surveillant au monde sont les USA, qui obligent les entreprises américaines à leurs donner un accès aux données des clients et obligent même les entreprises publiques et privées à travailler et ne pas travailler avec d’autres entreprises.

C’est le cas de Huawei qui s’est refusé les échanges et les achats des équipements des entreprises américaines. Une chose qui détruit l’écosystème mondial crée depuis des décennies. D’ailleurs, des dizaines d’entreprises américaines, à commencer par Google, se voient perdre des dizaines de milliards de dollars chaque année à cause de ce blocage de Huawei non-fondé.

Une autre chose plus importante, c’est que Huawei a mis à la disposition des État ses équipements pour des tests de cybersécurité, contrairement à d’autres équipementiers mondiaux qui n’ont pas accepté ces tests. Pour le cas de Huawei, rien n’a été détecté. Dans ce cas, les USA ont tort de lancer des accusations non fondées à l’encontre des entreprises chinoises.

Revenant en Algérie, est-ce que nous sommes prêts pour sécuriser nos données, tout en sachant que nous manquons aujourd’hui d’un Data center national ?

Je me permets de corriger votre question avant d’y répondre, nous avons déjà une structure nationale assez conséquente en data center, le problème est l’interconnexion et un chef d’orchestre pour gérer tout ça.

Une agence de la cybersécurité va bientôt voir le jour et pourra résoudre ce problème qui est le chaînon manquant pour une politique de résilience et de souveraineté nationale.

Restons toujours dans le cas de Huawei qui occupe une place importante en Algérie, est-ce que y a un risque sur la sécurité des données pour notre pays ?

À ma connaissance, la présence de Huawei en Algérie remonte aux débuts des années 2000 et jusqu’aujourd’hui, rien n’a été soulevé par nos autorités dans ce sens. Au contraire, la majorité de ses employés avec lesquels j’ai déjà eu l’occasion de travailler sont nos compatriotes et travaillent pour l’intérêt du pays.

Ce géant chinois ne cesse de mettre en avant les talents locaux en organisant des sessions de formations, des déplacements, des recrutements, des dons pour notre État notamment pendant cette période de Covid-19.

La preuve est très claire dans le sondage d’opinion réalisé récemment par l’institut d’études algérienne (IEA), qui ont consacré la position privilégiée qu’occupe Huawei, considéré par près de 95% des interrogés, comme le partenaire le plus fiable sur les questions qui concernent le développement des TIC en Algérie.

En effet, nous pouvons lire sur l’étude que près de 88% des participants ont déclaré Huawei comme un partenaire fiable dans la réalisation des réseaux 5G. Nous noterons le même pourcentage pour la réalisation des réseaux FTTH.

En ce qui concerne la numérisation et la digitalisation, l’échantillon positionne Huawei comme un partenaire fiable à 89%. En dernier point, selon les chiffres de IEA, 90% des sondés affirment que l’écosystème de Huawei aide les entreprises algériennes.

Le Webinar s’est révélé instructif et captivant selon cette enquête de satisfaction adressée aux 2000 participants issus de 47 Wilayas.

Au-delà du développement, de la production, du déploiement et de l’entretien des infrastructures réseaux, véritable épine dorsale de tout le système d’information et de communication, Huawei s’attelle à la mise en place d’un écosystème global dans le but d’accompagner les entreprises algériennes sur la voie de la numérisation et de l’autonomisation.

Pareil écosystème est plus que jamais indispensable dans un contexte économique qui voit l’émergence en force des starts up, particulièrement dans le secteur des TIC.

Parlant de ce volet de création d’écosystème. Ces derniers temps Huawei Algérie avait organisé plusieurs évènements visant la promotion des ressources humaines locale. Que pouvez-vous dire sur cela ?

Effectivement, j’ai suivi à travers les médias plusieurs évènements de Huawei Algérie visant le développement, l’accompagnement et l’assistance de nos jeunes talents à travers plusieurs programmes.

Il s’agit entre autres des formations dans le secteur des TIC, des compétitions mondiales, où nos étudiants étaient brillants et ont décroché des premières places parmi une centaine d’équipes participantes.

Il est également question d’équiper plusieurs universités et établissements du secteur de l’Enseignement supérieur et aussi de la Poste et des télécommunications, avec des équipements de très haute performance. Ce qui permettra à nos étudiants et formateurs de bien maîtriser le secteur des TIC et pouvoir vraiment avancer.